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Le Rat-Porcinet - L’esthétique en Polynésie au XXIe siècle

Salut les Rat-Poreux,


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Aujourd'hui, nous vous présentons un sujet de réflexion à distance, volontaire, sous le format du Rat-Porcinet : « L’esthétique en Polynésie au XXIe siècle ». Des perceptions sous la plume de 5 âmes sensibles qui ont voulu s'exprimer sur cette thématique. Découvrons-les de ce pas.


L’esthétique en Polynésie, c’est ce quotidien que je vois, que je vis et que je ressens. - Maanu.

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'Zine fabriqué pour regrouper les textes

 

L’esthétique en Polynésie au XXIe siècle, c’est cette image de la carte postale constamment véhiculée. A la fois critiquée mais goulûment conservée et encensée. 


D’un côté, l’on déploie les paysages colorés, ultra saturés, anti-réalistes et surtout chimiques. On y dépeint des lagons d’un bleu acide, on enlace ces oiseaux endémiques en voie de disparition que l’on tente de sauver avec des peluches made in China, on enchante ces montagnes verdoyantes et ancestrales que l’on brise d’un coup de pelleteuse pour assouvir des biens immobiliers que l’humain ne cesse de dévorer de ses envies insatiables, on se vante de nos plus belles perles noires sans voir la misère du mercredi soir tandis que les trottoirs sentent la pisse âcre des urinoirs…


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La Fautaua acide

Et de l’autre, l’on oublie constamment que l’on marche sur une mine d’or qu’il faut chérir et embrasser à cœur ouvert, car chaque mégot laissé par terre, chaque boîte de hinxno délaissée dans le trou d’un tronc d’arbre, empoisonne la terre que l’on dit “précieuse”, ce Tahiti d’antan dont on parle tant.

On oublie aisément qu’hormis oiseaux et fleurs endémiques, une richesse plus grandiose encore grouille sous nos pieds mais dont personne ne daigne pointer du doigt. On préfère écraser, pulvériser et intoxiquer ces insectes endémiques, et bien plus nombreux que l’on ne pense, méconnus du public, largement dévastés par ces humains trop effrayés de bêtes qu’ils ne connaissent pas alors qu’ils empiètent sur leurs terres.

On oublie également que notre jeunesse se délaisse, bien que, depuis quelques années déjà, nous observons un net retour aux sources. Mais cette jeunesse persiste à être incomprise car elle se pose des questions auxquelles personne n’ose répondre. On parle d’identité déchirée, on parle de métissage, on parle de couleurs de peau, on parle de langue et de perte, on parle peu de ces choses ; les anciens réfutent cette idée d’un revers de la main, préférant proclamer que les jeunes sont fainéants à ne pas parler la langue, qu’ils ne roulent pas les “r” et ne sont que des demi qui ne s’intéressent pas à qui ils sont. Mais les questions se posent, les réponses restent en suspens, les explications peinent à réellement prendre un sens, laissant à la dérive des jeunes en quête de sensations fortes, se laissant s’engouffrer dans les bras du sana, ce cristal hybride qui brûle et consume.


L’esthétique de la Polynésie au XXIe siècle, c’est un savant mélange de modernité et de tradition, à la frontière entre dénonciation de la société en quête de vérités aisément tues et l’embellissement d’îles en dérives. L’esthétique en Polynésie, c’est notre quotidien.

Maanu RMD.




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ZINO.



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Dans le cadre du Rat Porc, il nous a été posé la question de l’esthétique de la Polynésie au XXIe siècle et plus précisément de l’art Polynésien, des combats qu’il illustre à ce jour et comme je le comprends, de ses influences. 


Il me serait complexe d’écrire à ce sujet sans parler de colonialisme et de l’image que le monde extérieur a de ces îles et des peuples qui les habitent. 


En effet, l’art Polynésien a longtemps été objet de fascination parfois malsaine de la part d’un Occident qui se complaît dans une présumée supériorité de valeurs, de morale et de techniques. Souvent qualifiées de barbares, les œuvres d’autrefois sont aujourd’hui exposées dans des musées, reléguées au rang de trouvailles archéologiques, bien que nombres de pratiques artistiques et artisanales soient encore d’actualité, bien ancrées dans une culture qui a dû et su se reconstruire, suite à des siècles d’interdictions religieuses et hégémoniques. 


Cependant, les artistes issues des populations navigatrices n’ont rien à envier à ceux du vieux continent car leurs talents, tout comme leurs origines, sont multiples. 


Aujourd’hui l’art Polynésien n’est plus juste une ode à la culture et au patrimoine. Les créateurs et créatrices qui émergent ont une volonté non seulement de prôner leur appartenance à ces terres mais également de prouver qu’iels sont capables de se mesurer aux critères qui existent au-delà du vaste océan. 


On observe donc dans cette esthétique nouvelle et assumée, une multitude de visions cosmopolites et néanmoins fières de leurs origines. Le métissage, les identités plurielles, la place de la femme et des minorités de genre dans notre société, la nature et notre rapport/appartenance à elle, sont des thèmes récurrents qui savent se réinventer et s’exprimer à travers des médias à la fois ancestraux et contemporains. La sculpture, le tatouage, le ‘ōrero, la gravure, le tapa, le ‘ori Tahiti ou encore le tīfaifai, sont encore bien présents dans les pratiques artistiques. Ils ont été rejoints par d’autres manières de créer comme la photographie, l’écriture, la poésie (démocratisée en particulier par le poète Henri Hiro), le graphisme, l’illustration, la vidéo, le street art et tant d’autres formes d’expression que la jeunesse Polynésienne a su se réapproprier avec justesse. 


Pendant des années, la Polynésie a été vue du grand public à travers des yeux venus d’ailleurs comme ceux de Paul Gauguin, dont l’histoire controversée nous a appris que toutes les attirances ne sont pas teintées de bienveillance. 


Au XXIe siècle les artistes Polynésiens décident de s’emparer à nouveau de l’image de leur pays, de sortir de l’enclave d’une vitrine touristique qui s’inspire encore et toujours du mythe ridicule du bon sauvage accueillant. Ils et elles récupèrent leur Histoire, se réunissent, l’écrivent en leurs termes. Et je crois que c’est beau, que c’est puissant d’amour puisé dans la colère. 


En conclusion j’oserai dire que l’esthétique de la Polynésie au XXIe siècle est celle de la renaissance, de la réappropriation et du partage. Nous pouvons remercier les artistes forts de la fin du siècle dernier (je me risquerai à citer encore Henri Hiro, son contemporain Turo Raapoto ou bien même Chantal Spitz) pour avoir mené les jeunes artistes de notre ère vers cette volonté de changement. 


Merci également à Manutea Rambaud de nous avoir invité-es à nous exprimer sur ce thème non seulement inspirant mais aussi, je le crois, nécessaire dans nos réflexions individuelles et communes. 

Cartouche.

 

Nous voilà à la fin de ce premier, long mais participatif et généreux, Rat-Porcinet à distance. J'espère que ce format vous a plu ainsi que le mini 'zine en collage que j'ai pu faire pour illustrer cette esthétique décousue-raccommodée à travers ces images et ces mots assemblés. Merci énormément à ceux qui ont participé et qui ont donné leurs voix.



On se donne rendez-vous mardi 02 avril 2024 pour découvrir l'Objectif Créatif (O.C) organisé pour le Printemps des Poètes. Et à très vite pour d'autres aventures de réflexions et de partages !

LOVE.

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