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Quelle est la problématique d’utiliser l’I.A dans la représentation de la Polynésie ?

Salut mes p'tits gastéropodes angoissés,


Quelle est la problématique d’utiliser l’I.A dans la représentation de la Polynésie ? Manutea Rambaud maanurmd rat-porc rat-porcinet réflexions les arts et les mots tahiti polynésie française océanie

Nous sommes en Avril 2024, l'air est moite et poisseux, à la limite de l’étouffant. Mais lorsque le temps le permet, quelques brises parviennent à s’échapper de cette lourde atmosphère, offrant le luxe du “aaah” extirpé de tous les passants, un soulagement non négligeable et des plus sincères. 


Nous sommes donc en avril et nous débutons notre titre avec un terme négatif d’une « problématique » car, au final, en est-ce réellement une ? En effet, n’est-ce pas une erreur de diriger la réflexion avec un terme aussi significatif ? Ou est-ce juste un moyen d’embourber l’esprit du lecteur pour l’amener à une réflexion précise ? 


Au plus profond de moi, je ne sais pas. Je trouve tout simplement cette phrase intéressante et esthétiquement satisfaisante, alors développons-la de ce pas.


En 3 points : 

  • Un imaginaire collectif erroné

  • La confusion des identités

  • L’aspect humoristique



 


Un imaginaire collectif erroné


C’est au cours d’une fraîche soirée assise en tailleur devant les haut-parleurs, que m’est survenue cette thématique, m’amenant ainsi à diverses pistes de réflexions qui, au final ont déjà été en amont, apposées dans mon inconscient. Prenons alors le train des souvenirs et revenons aux origines de cette idée. 


Alors que nous faisions nos courses hebdomadaires au supermarché, c'est non loin de là, que nos yeux se sont égarés vers un magasin proposant des « tableaux » sur châssis d’images de la Polynésie. Toutefois, nos yeux sensibilisés, et qui (surtout) ne demandent rien à personne mais remarquent les plus petits détails, ont pu repérer à des kilomètres qu’il s’agissait ici d’images générées par une intelligence artificielle (I.A), lançant un long débat sur son usage, ses acheteurs, les artistes et le soulèvement des machines.


Soit, soit, nous ne sommes pas ici pour débattre de tout ceci, mais juste pour recontextualiser. Ainsi, après maintes observations de ces tableaux, il n’est pas nécessaire de sortir la loupe pour repérer des anomalies ou des absurdités, que cela soit au niveau des mains, du visage, du paysage ou des détails. M’amenant ainsi à : mais qu’en est-il de l’imaginaire collectif totalement erroné ? Car dans cette représentation, nous pouvons constater des mains de bananes absolument gigantissimes, d’un jaune éclatant, rempli à foison et dont les fruits en sont extrêmement fins. Ne parlons pas non plus des montagnes qui semblent être un copier-coller sur Photoshop, proposant ainsi une façade de monts aussi long que la muraille de Chine.


Ce que je soulève ici, c’est l’appétit dévastateur des yeux avides de savoirs non avertis et non sensibilisés par l’I.A qui prendront ces images pour la réalité. Autrement dit, ces images aperçues et goulûment appréciées, deviendront la vérité de ces personnes : une référence pour leur imaginaire sur ces lieux. 


Ce qui pose problème, à mon sens, ce sont les références ; l’apprentissage parfois naïf sur les internet et donc les croyances bien rudes que l’Ailleurs peut avoir d’ici.


Quelle est la problématique d’utiliser l’I.A dans la représentation de la Polynésie ? Manutea Rambaud maanurmd rat-porc rat-porcinet réflexions les arts et les mots tahiti polynésie française océanie

N’oublions toutefois pas, que le regard de l’Ailleurs tend à s’améliorer en bien envers nous. Nous pouvons aisément le constater avec les belles émissions télévisées qui sont diffusées, me faisant parfois frissonner et pleurer alors que j’y habite et que mes fesses sont posées bien solidement sur ce canapé transpirant de l’air ambiant.



La confusion dans les identités


Nous parlions tantôt de l’imaginaire collectif erroné, parlons d’un embarras plus imposant encore : celle de l’identité erronée. 


Rappelons en quelques mots comment procède l’I.A, pour mieux comprendre cette réflexion : 

Lorsque nous entrons une liste de mots sur la plateforme, l’I.A va prendre tout ce qui existe sur internet pour se nourrir. Les images et les textes sont ses plats principaux (dont des œuvres d'art utilisées sans accord ni rémunération des artistes). Par la suite, elle va proposer des images, ce sont ses sels. A nous, par la suite, de choisir la proposition qui nous plaît le plus dans ces compositions aléatoires.


Ce qui est problématique, c’est le fait qu’elle va se nourrir de tout et de n’importe quoi, faisant fi des origines propres à chacun dans notre triangle polynésien. Ainsi, l’I.A prend toutes les images présentes sur la toile pour créer ce qu’elle pense être quelque chose de réaliste et de représentatif lorsque nous demandons “typé polynésien”, laissant de côté les caractéristiques qui font que nous ne pourrons même plus reconnaître un néo-zélandais, d’un marquisien, d’un tongien ou d’un hawaiien.


Sauf que, comme les langues, les identités sont riches et variées. Elles sont reconnaissables, elles ont une sonorité unique, un charisme, des formes et des rondeurs, des pics et des accrocs, des mélodies parfois douces et d’autres caractérielles. 


Nous sommes unis, mais nous sommes tous uniques, Toutes ces îles ont une Histoire, Nous avons la nôtre Nous ne pouvons nous permettre de la confondre Avec nos frères et sœurs du Pacifique.
La question en devient plus éthique encore, Qui sommes-nous, dans ces représentations erronées ?
Nous nous perdons avec un consentement indécent Dans une volonté d’un gain de temps et d’argent Oubliant l’Histoire, nos peurs et nos erreurs, Oubliant nos maux sous les braises de la société, Bien trop facilement manipulés par l’argent et la rentabilité.
Mais nous ne sommes pas des tableaux à vendre, Nous ne sommes pas des identités aux enchères, Nous sommes encore moins un peuple anodin.

Pambrun et Hiro l’ont déjà dit autrefois. Nous nous retrouvons donc avec le même combat des années plus tard, sous une autre forme, mais toujours avec les mêmes armes : des mots et la passion de la résistance.



L’aspect humoristique


Souvent, ce genre de réflexion mérite partages et échanges, ce qui a été le cas pour ce sujet, et c’est un ami qui m’a fait soulever ce point de vue relatif à l’humour.


Ces exemples de bananes et de montagnes précédemment évoqués, peuvent apporter une touche d’absurdité qui tend vers une humour gras et moqueur bien familier de chez nous. Ce rire non dissimulé lorsque l’on regarde ces militaires éméchés s’approcher avec audace et assurance, les yeux plissés, le regard brillant et le sourire humide vers cette belle dame de nuit qui a plus d’un tour sous sa jupe moulante et fort attrayante.

Alors oui, c’est amusant de voir cette I.A inventer des choses irréelles qui ne correspondent pas à notre réalité, laissant sur nos terres une marque rouge significative du tabu, du sacré. Un territoire presque inatteignable par ces machines en constante évolution, nourries par ses propres créateurs, grandissant plus vite que l’humanité. Mais ce qui la bloque pour ici et ce qui nous protège d’une certaine manière, c’est que l’I.A manque considérablement d’informations sur notre sujet : nos représentations, notre culture, notre vision, notre paysage, nos spécificités, notre identité. 


Néanmoins, il en va de soi que nous ne sommes pas les seuls (arrêtons d’être l’éternel pito de l’univers), il faut le préciser.


 

Nous voilà au terme de cette réflexion dans Les Arts & les Mots que nous terminerons par des questions à propos de l’alimentation :


Faut-il entretenir le manque d’information sur nos îles ?
Laissant donc l’I.A dans une permanente représentation erronée ? 

Ou doit-on joyeusement participer à gaver son gosier d’aliments par millier pour qu’enfin (bien que jamais rassasiée), elle puisse enfin refléter sans faute notre réalité ?

Bon, il est vrai que ces deux questions sont très dirigées et qu’elles matérialisent bien solidement ma position sur ce sujet. Il n’en reste pas moins que ces questions puissent être intéressantes à se poser, probablement sous une autre tournure pour éviter la direction des idées et avoir plus de recul, proposant ainsi une posture moins stricte quant à ces positions.


Reformulons et achevons : 


Doit-on préserver notre Terre du regard de l’I.A  ?

Ou est-il plus enrichissant d’avoir de véritable représentation ?
(au dépend de nos artistes locaux ? )
(ok j’arrête…)


LOVE.

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